Regulation For Terror

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Le discours prononcé par Emmanuel Macron en clôture de la conférence No Money For Terror du mardi 19 mai, révèle une constante de la doctrine sécuritaire française contemporaine : utiliser la lutte contre le terrorisme comme justification politique à l’extension continue de la surveillance financière des citoyens.

Le passage consacré aux actifs numériques est particulièrement révélateur. Derrière un vocabulaire d’équilibre — « innovation », « transparence », « régulation proportionnée » — Macron défend en réalité un renforcement massif du contrôle des flux financiers numériques et une intégration toujours plus poussée des détenteurs d’actifs numériques dans les dispositifs de surveillance étatique et bancaire.

Le problème fondamental est que l’argument sécuritaire avancé apparaît de moins en moins crédible au regard des conséquences concrètes de ces politiques.

Depuis plusieurs années, les plateformes d’échange, prestataires de services sur actifs numériques et intermédiaires financiers sont soumis à des exigences KYC et AML de plus en plus lourdes : collecte systématique de pièces d’identité, de justificatifs de domicile, d’informations patrimoniales, d’historiques de transactions, parfois de données biométriques et transmission croissante de ces données à des administrations, partenaires privés ou autorités étrangères.

En théorie, cette accumulation de données serait destinée à empêcher le financement du terrorisme. En pratique, elle produit surtout une concentration gigantesque d’informations sensibles.

Or c’est précisément ce type de base de données qui devient aujourd’hui une cible privilégiée des cybercriminels et des réseaux mafieux avec parfois — on l’a déjà vu — des fuites internes provenant d’administrations ou de prestataires censés protéger ces informations.

Le paradoxe est brutal : au nom de la protection des citoyens, on construit des infrastructures informationnelles capables de mettre directement ces mêmes citoyens en danger.

Les risques ne sont pas théoriques. Ces fuites ont des conséquences extrêmement concrètes : extorsions, kidnappings, home jacking, menaces physiques contre des familles, agressions ciblées. Sur ce terrain, la France est « aux avant-postes » comme dit le président. Le ministre de l’Intérieur lui-même, évoquant ces agressions, décrit d’ailleurs la France comme « l’épicentre de ces nouvelles violences ».

Le point aveugle du discours présidentiel est là : le coût humain potentiel de cette surveillance financière généralisée n’est pratiquement jamais évoqué.

À écouter Emmanuel Macron, le principal danger serait l’existence d’espaces financiers insuffisamment régulés. Mais pour beaucoup d’acteurs du secteur, le danger immédiat vient plutôt de la collecte systématique et effrénée de données personnelles et patrimoniales.

Sur ce point, le discours d’Emmanuel Macron illustre une tendance plus large des démocraties européennes : répondre à l’incertitude sécuritaire par une extension continue de la traçabilité financière, quitte à fragiliser la vie privée et parfois même la sécurité physique des citoyens ordinaires — tandis que les réseaux criminels les plus dangereux, eux, savent précisément comment contourner les dispositifs de KYC et les infrastructures de surveillance de masse, notamment en utilisant des identités volées ou des données compromises, que ces politiques de centralisation et de collecte fournissent en quantité toujours plus importante.